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  • chez l’auteur, 1958, 153p.
  • collection Comprendre n°3, La Ruche Ouvrière, 1966, 144p.

Il s’agit d’un ouvrage fouillé et concis autour d’une question a priori curieuse, celle de l’existence historique de Jésus de Nazareth, assurément l’un des personnages les plus connus au monde.

Après son Pourquoi j’ai quitté l’Église romaine (1956), Jésus-Christ a-t-il existé? examine la littérature chrétienne, en ce compris les écrits des pères de l’Église et des auteurs contemporains, pour constater que l’historicité de Jésus de Nazareth est loin d’être prouvée.

L’ouvrage est également une réponse aux apologistes chrétiens qui réagirent à la crise moderniste du début du XXe.

1. Le problème

L’auteur se borne, dans ce chapitre de quelques lignes, à relever deux positions opposées et catégoriques sur le sujet, l’obligeant à reprendre lui-même le problème.

2. Les sources

Que nous racontent les sources profanes sur Jésus? Vraiment pas grand-chose, et ces quelques traces semblent toutes sujettes à caution. Il n’est, de plus, question de chrétiens qu’au second siècle. Georges Las Vergnas en conclut qu’il en sera réduit à ne considérer que les ouvrages chrétiens.

3. Saint Paul

L’auteur pense que Paul de Tarse a plus de probabilité d’avoir existé que Jésus, bien que les épîtres soient à l’évidence une création collective. Celles-ci décrivent un Jésus-Christ fantomatique, descendu sur terre pour mourir, ressusciter et retourner au Ciel. De plus, Paul dénie aux apôtres de Palestine (il ne cite que Pierre, Jean et Jacques) une plus grande connaissance de Jésus qu’il n’en a, ce qui est étrange si ces derniers ont vraiment vécu trois ans avec Jésus.

4. Les évangiles

Georges Las Vergnas bat en brèche l’idée que les évangiles ont été écrits au premier siècle par des proches de Jésus. Ils résultent en fait d’apports qui s’échelonnent sur plusieurs siècles, et n’ont cessé d’être réécrits: les notes de lecture des premiers Pères de l’Église témoignent de leur évolution. Par ailleurs, c’est pour des raisons de dogmatique et non d’historicité que quatre d’entre eux ont finalement été choisis pour faire partie du canon actuel.

5. La tradition

Les tout premiers chrétiens dont on a connaissance n’ont pas d’existence historique, et la liste des premiers papes n’est connue que par Papias, inventeur d’histoires fabuleuses, lui-même n’étant connu que par Eusèbe, qui vécut au IVe siècle et qui a également raconté pas mal de fables.

6. Le témoignage des martyrs

Parmi ces chrétiens de l’aube, beaucoup de martyrs semblent eux aussi davantage appartenir à la tradition qu’à l’histoire, même Pierre dont aucun texte n’affirme qu’il est allé à Rome, ou Paul, dont le récit du procès s’interrompt brutalement avec les Actes des Apôtres. Par ailleurs, les causes et les circonstances des martyres peuvent être assez diverses pour un même personnage.

7. Conclusion de la première partie

Il s’agit d’une simple page pour rappeler qu’un simple récit ne suffit pas comme preuve pour des affirmations extraordinaires.

8. Qu’est-ce qu’un évangile ?

L’auteur commence ce chapitre en rappelant que les évangiles sont écrits «afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom.» (Jn XX-31) Il s’ensuit que chaque évangile est d’abord une catéchèse; leurs nombreuses contradictions viennent de ce qu’ils n’ont pas été écrits pour témoigner d’un récit, mais sont plutôt un récit symbolique où chaque verset a sa raison particulière (et son âge, «qu’il ne dit pas facilement»).

La mauvaise paraphrase de l’«Ancien Testament» a également alimenté la rédaction des évangiles, d’où parfois des contradictions dans le même écrit, que l’apologétique tente d’expliquer comme elle le peut.

9. L’évangile est un rituel

Une source probable des évangiles est le jeu dramatique tel que nous apparaît la passion du Christ, qui fait plus penser à un drame joué qu’au récit d’un procès et d’une mise à mort. Les invraisemblances y sont nombreuses, les personnages et la foule paraissent réglés comme dans une mise en scène, à l’égal des religions à mystères auquel le christianisme ressemble par certains côtés.

10. Comment naquit le mythe de Jésus

Il est difficile de résumer en quelques lignes le développement d’un mythe…  Certains juifs attendaient un messie et avaient récolté de la Bible les prophéties le concernant. Après la destruction du Temple et l’écrasement de la dernière révolte, des milliers d’opposants furent crucifiés. Des mystiques y ont vu le peuple d’Israël, puis le messie, qui n’avait pas encore apparu, finit par le remplacer, d’abord de façon symbolique, puis de façon réelle.

11. Réponses aux objections

Georges Las Vergnas répond abondamment à l’objection des frères de Jésus, question épineuse pour les catholiques, qui ne pourrait donc pas avoir été inventée (il s’agit pourtant un détail, puisque les réformés ne s’en formalisent pas; par ailleurs, les orthodoxes évoquent les premiers enfants de Joseph, demi-frères de Jésus, ou l’explication classique mais peu convaincante par la confusion entre les mots «frère» et «cousin», que le grec distingue).

La seconde, plus intéressante, est que personne dans les premiers siècles n’a nié que Jésus a existé. L’auteur répond que c’est une affirmation osée, puisque les chrétiens se sont vantés d’avoir fait disparaître les ouvrages gênants. Par ailleurs, l’évhémérisme était généralisé parmi les «athées»: les dieux étaient vus comme des humains divinisés.

D’autres objections reposent sur l’importance que les chrétiens accordent à leur religion: on ne pourrait comprendre l’histoire du christianisme sans Jésus; si une telle histoire avait été inventée, son inventeur serait encore plus extraordinaire que l’histoire même…

L’auteur remarque enfin qu’un truc des historicistes est d’opposer les rationalistes entre eux.

12. Conclusions

Ce chapitre traite des auteurs (Renan, Loisy, Gignebert…), qui tentèrent de dégager le vrai du faux dans les évangiles, qui ont été capables d’aligner plusieurs arguments tout à fait mythistes pour finalement conclure dans le sens historiciste. Las Vergnas cite d’autres auteurs croyants pour qui il y a mieux à faire que de s’intéresser à la thèse mythiste, ou qu’elle a suffisamment été réfutée…

Vous trouverez ici quelques citations de l’ouvrage.

L’ouvrage suivant est Des miracles de Lourdes à Teilhard de Chardin.

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